Déni de départ

Marrant de voir que les gens réagissent presque tous pareil. Dans un premier temps l’annonce de notre projet, avant même d’avoir un départ concret, donne comme un coup de massue aux proches.
Difficile d’encaisser, de comprendre pourquoi, de saisir à cause de quoi, ou tout simplement s’imaginer faire pareil. Le temps des justifications débutent et à chaque fois les « pourquoi partir ? » « c’est mieux là bas ? » etc etc durent des mois et des mois.

Ensuite il y a comme une résignation, une habitude sur le fait que nous allons partir. Donc on nous en parle souvent (trop même), nous avons l’impression que notre projet efface toutes les autres choses de notre vie et de celles des autres.
L’idée de notre départ reste abstrait et une projection d’un futur relativement éloigné.

Cependant cette phase de résignation semble perdurer autour de nos proches, même à quelques semaines de notre départ. Nous faisons notre tour de France et lors des « au revoir » presque personne ne semble saisir que nous faisons un tour d’adieu.
Les gens ne percutent pas que nous nous voyons sûrement pour une dernière fois avant notre départ. Des questions comme « Mais on va se revoir avant votre départ ? » « Ah mais tu pars quand déjà exactement ? » « Ça va, vous avez encore un peu de temps »…

Non, le départ approche et nous avons dû mal éduquer notre entourage à toujours faire l’effort de nous déplacer pour voir tout le monde (malgré les enfants en bas âge et nos plannings professionnels à des années lumières des 35 heures et des 5 semaines de congés payés). Il doit paraître normal de nous voir débarquer pour une journée et demie.

Voilà, nous partons et notre départ ne semble pas si proche pour les autres. Nous sommes totalement débordés et paniquons à l’idée de voir la date fatidique s’approcher. Les autres ne prendront conscience de notre départ que le jour où nous aurons traversé l’océan.

Une autre partie commence à se réveiller « oui, je pars dans deux semaines et demi »… »QUOI ?? mais on doit se voir avant ton départ »…
Sur le principe oui, nous allons venir vous voir, mais franchement trouver du temps pour voir tout le monde individuellement, ça ne va pas être possible, surtout que nos cartons ne sont pas finis… Mais là encore les autres ont du mal à se projeter et à comprendre que nous avons pleins de choses à faire, donc il va falloir à un moment fermer le google agenda et dire que non, il n’est plus possible de se voir avant le départ… tant pis !

Notre départ va se dérouler en deux étapes : je retourne mi juin à Gatineau avec le chat pour préparer et tout peaufiner avant le départ de la Patronne et des enfants.
Mon boulot au Québec a besoin de moi, et mon départ en France n’avance pas beaucoup auprès de mes associés. Trois mois déjà que j’essaie de discuter et d’arranger la situation, ça traine des pieds et personne ne semble paniquer. Je partirai donc et nous nous mettrons face au mur pour réagir.
Mon coeur est resté au Québec et il me tarde d’y retourner. Notre ancienne vie nous use et nous sortirons abattu après l’avoir clôturer. Il faut tourner la page, même si certains voudraient ne pas modifier le cours des choses.

Demain est une nouvelle journée avec pleins de rendez vous, pleins de choses à faire, pleins de mails à envoyer… un pas de plus vers notre nouvelle vie, il nous tarde de le faire.

R.